Attendez avant de sauter aux conclusions. C'est de la fin du monde de l'extrême pauvreté dont il est question ici. Mandataire de Kofi Annan, le docteur Sachs nous a même donné cette année (Real Player) la recette pour la réussir, cette fin du monde que l'ONU avait décidé cinq ans plus tôt. Aura-t-il plus de chance que les coopérants, ces évangélisateurs du développement
qui portent depuis des années la bonne parole dans les pays du Sud
?
Le docteur Sachs a au moins dix bonnes raisons d'espérer. Mais tant au siège social de l'ONU que dans les divers bureaux des organismes internationaux et des ONG, des murs devront tomber.
Parlez-en aux Irakiens des décisions de l'ONU. Vous savez eux, cette annonce onusienne de la fin du monde de l'extrême pauvreté
, ils prennent cela avec un brin de scepticisme. Qu'est-ce qu'il va bien leur tomber sur la tête les extrêmes pauvres, se demandent-ils ?
Si au moins on parlait dans les médias des Objectifs du millénaire pour le développement autant que de l'Irak.
Dans les hautes sphères du développement
Bon j'ai compris, les abstractions onusiennes ne vous allument pas vraiment. Alors nommons un chat un chat : il y a cinq ans, les États membres de l'ONU ont décidé que la moitié de tous ceux qui gagnent moins de 1$ par jours allaient toujours en gagner moins de 1$ en 2015.
Vous ne me croyez pas ? Avez-vous cliqué sur l'hyperlien des Objectifs du millénaire pour le développement ? Quoi, je dois remettre l'hyperlien ? Il faut vraiment que je m'occupe de tout ici. Un peu d'initiative que diable !
Le Sphynx des objectifs de l'ONU, c'est celui-là (Objectif 7 - Assurer un environnement durable
) :
Améliorer sensiblement la vie d'au moins 100 millions d'habitants de taudis, d'ici à 2020.
Après le savon à lessive amélioré, la vie de taudis améliorée. Elle est propre, l'humanité durable.
Pierre Sané, ex-secrétaire général d'Amnistie Internationale, écrivait lors de son départ en 2001 que mur de la misère, de l'intolérance et de l'hypocrisie est plus résistant que celui de Berlin.
Le mur de la diplomatie internationale aussi.
Au mur suivant.
Coopération ou acculturation ?
Les meilleures intentions du monde ne sont pas un gage de succès. Combien d'échecs faudra-t-il avant de le réaliser ?
Décider en dehors des gens quelles sont leurs demandes, en font des pauvres sur le plan de la décision. Avant même de s'attaquer à la pauvreté matérielle, il faut avoir mis fin à la pauvreté en matière de participation et de pouvoir politique.
La plupart des ONG visent à intégrer les groupes marginaux dans la société dominante, p.ex. "civiliser" ou "moderniser" ou "développer" les gens du Sud, "intégrer" les immigrés dans la société du pays d'accueil.
La demande venant de la base vise souvent non pas l'intégration mais la démocratie et la différenciation.
Réseau culture. Atelier Nord-Sud de méthodologie en analyse.
Une question pour les ONG : pourquoi les « coopérants » ne sont-ils pas essentiellement recrutés dans les pays mêmes où sont les besoins ?
Peut-être cesserions-nous d'y répandre la bonne parole du développement, ce mythe fondateur de l'Occident moderne.
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