Quand on pointe du doigt, il y a trois doigts dirigés vers soi. Si l'aide que nous leur fournissons ne donne pas de bons résultats, ce n'est pas forcément la faute des pays que nous aidons. C'est même le contraire.
Comment mieux aider les pays qui ont besoin de notre aide ? Surtout, comment le faire de la bonne façon ? D'autant que nous avons une poutre à enlever de nos yeux d'Occidentaux, avant de demander aux gouvernements des pays les plus pauvres d'enlever la paille des leurs.
Jeff Sachs – conseiller spécial auprès du Secrétaire général de l'ONU, directeur de l'Earth Institute à Columbia et directeur du Projet du millénaire – raconta devant le personnel de la Banque mondiale, il y a un an, que le Kenya venait de mettre à pied 5 000 employés de son secteur de la santé
, des médecins, des infirmières, des cliniciens, tous bien formés grâce, sans doute, à l'aide internationale
.
Pourquoi ? Cela est absurde.
Le gouvernement du Kenya l'a fait sous la contrainte du FMI qui lui demandait de redoubler d'ardeur pour réduire les dépenses de l'État.
Ainsi donc, le plan du FMI impose au Kenya de limiter l'embauche de médecins, d'infirmières et de cliniciens alors même que les Kenyans luttent contre le SIDA, la malaria, la tuberculose..., tout en tentant d'offrir un meilleur système de santé à sa population. Parlez-en à Médecins sans frontières.
Vous doutiez que le néolibéralisme est une idéologie ? La réduction imposée au Kenya représente à peine 68 millions de dollars américains par année en ce qui concerne son système de santé. Des peanuts pour les pays donateurs.
This is cheap !
Le docteur Sachs réclame, sur toutes les tribunes, 50 milliards de dollars supplémentaires par année pour l'aide au développement. Ce montant est cinq fois moins élevé que celui des réductions d'impôt dont nos gouvernements nous font désormais cadeau chaque année. Cinq fois moins élevé.
Le gouvernement américain vient de réduire ses propres dépenses en santé parce qu'il a choisi d'augmenter le budget de la défense. Il est vrai qu'il peut compter sur une main d'oeuvre à meilleur marché, formée dans les pays pauvres.
C'est ce même gouvernement américain qui a réussi à obtenir que les institutions financières régionales et internationales coupent l'aide à Haïti trois années consécutives, avant de finir par avoir raison d'un président certes contesté dans son pays, mais dûment élu. Le docteur Sachs a rappelé ce fait troublant au personnel de la Banque mondiale.
Et ce même gouvernement américain mène une nouvelle croisade pour démocratiser les musulmans.
Quelle hypocrisie !
L'attitude du gouvernement est d'autant plus frustrante qu'« aucune avancée multilatérale n'est assurée (quels que soient les secteurs d'activité concernés) si les Etats-Unis ne jouent pas le jeu ».
Ne vous réjouissez pas trop vite si vous n'habitez pas les États-Unis. Demandez des comptes à vos propres gouvernements. Nous pouvons et nous devons tous, y compris les pays les moins développés, faire plus et mieux.
Pourquoi pas faire don de notre salaire de la journée du 26 décembre, et adresser alors, par courriel ou autrement, des vœux de compassion à nos gouvernements, et surtout à ceux qui prennent quotidiennement des décisions telle celle qui a forcé le gouvernement du Kenya à réduire le personnel de son système de santé.
Ah oui ! Au fait, il y a au moins une industrie qui a un bel avenir devant elle au Kenya : la fabrication de cercueils.
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