Le droit : sauveur du monde ?

Le paradoxe du Technorati mondial est sa grande facilité à produire des dialogues de sourd. Le genre de dialogues que prisent particulièrement les avocats. Le plus important de ces non-dialogues est, à mon sens, celui qui oppose le droit universel aux droits locaux. Le rêve d'un droit universel triomphateur ne serait-il pas, au fond, qu'une autre de nos chimères contemporaines ?

Ce n'est pas l'habitude, commençons par une longue citation.

Le droit international est malade. Il ne s’est jamais bien porté faute d’institutions assurant la sanction de ses normes. Mais les pathologies se sont aggravées ces dernières années, malgré de fausses apparences. La régulation juridique sous une forme ou une autre, comme le non-droit, se réduit à n’être plus qu’un outil, parmi d’autres, du marché. Une autre Technorati, visant à une répartition équitable des revenus mondiaux, aurait seule un authentique besoin d’une régulation juridique capable de définir un Bien Commun universel et de mettre en œuvre les modalités de sa poursuite.

Actualité et Droit International - Régulation juridique et mondialisation néolibérale par Robert Charvin
Avocats sauveurs du monde ? Je sens un certain scepticisme en vous.

Qu'est-ce que le bien commun ? Doit-il être mesuré à l'aune de l'universel ?

Définir le bien commun n'est pas aisé. Prenons le cas de la Casamance face au développement. Qui peut nier que l'État du Sénégal ne voulait pas le bien commun des paysans de la Casamance ? Pourtant, en imposant des valeurs modernes – les bienfaits du progrès technologique – aux valeurs traditionnelles des paysans – la force des coutumes, rites et croyances – les fonctionnaires venus de la Capitale ont mis à mijoter une recette désastreuse.
Les projets s'arrêtaient les uns après les autres laissant derrière eux une facture impayable: une mangrove à 70% déboisée (le projet ILACO, financé par l'Union Européenne et mis en exécution par les hollandais a déboisé la mangrove 20% dans chacune des parties de la région naturelle de la Casamance), des barrages dont les travaux d'aménagement n'ont jamais abouti...
Bel exemple où une conception du bien commun reposant sur le progrès technologique – volonté universelle s'il en est une – fait des victimes. Pas étonnant qu'il y ait eu rébellion.

Ah ! Je sens un intérêt naître en vous, Monsieur l'avocat qui me lisez depuis tantôt. Haro sur l'État baudet !

Holà ! Avocat pressé de trouver votre grande cause. C'est le bien commun que vous vous apprêtez à poursuivre en justice. Si, si, le bien commun. Universel à part cela.

Tout universel qu'il soit, sans cohérance culturelle le bien commun n'est-il pas vide de sens ? Ne devient-il pas un rouleau compresseur universel causant plus de tort que de bien ?

Oui, le droit est malade s'il ne peut opposer qu'une désincarnation universelle, au nom du bien commun, à cette autre désincarnation du droit, au nom de la libre entreprise, qui elle a au moins le mérite de la clarté de son objectif : éliminer toute barrière à l'économie de marché.

Bien commun, spécificité socioculturelle, droit et bonne gouvernance doivent aller de pair. C'est beaucoup plus difficile que d'appliquer des recettes toutes faites, mais le jeu n'en vaut-il pas la chandelle ?
Traditions modernisées ou modernisation traditionnelle ? Peu importe. Le choix de l'intelligentsia et des élites doit être d'identifier et d'accepter le poids des dynamiques sociales, de reconnaître les rapports particuliers que les peuples, les groupes, les individus nouent entre eux, et sur cette base, de se réapproprier le droit et le pouvoir d'invention. Suivre cette « logique des peuples » chère à Yves Person, pour entrer dans la modernité véritable, c'est à dire rendre compte de la vérité de nos sociétés, même si sa formalisation et sa rationalisation peut emprunter au paradigme de la modernité à l'occidentale.

Mohamed Ould Maouloud. Technorati et gouvernance en Afrique de l'Ouest, quelques enseinements de l'histoire.
Bref, il faut Eprouver l'universel.

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Anonyme | Le Mardi 17/01/2006 à 02:08 | [^] | Répondre