Les Monsantiens sont de petits futés. Leur modèle d'affaires n'a rien à voir avec le développement humain. Pourtant ils s'investissent d'une grande mission humanitaire : résoudre la crise alimentaire mondiale. Ils font même de belles campagnes de relations publiques. Peu leur importe d'être les terminator de l'agriculture locale là où ils vont réussir à vendre leur salade transgénique.
Ils sont riches, ils sont ambitieux, ils ne reculent devant rien. La biotechnologie et le système des brevets forment le couple de l'heure dans le monde de l'agrobusiness.
Il faut savoir que le fameux riz doré enrichi au béta-carotène (une vitamine A dont la carence peut provoquer la cécité) inventé par Syngenta, est protégé par soixante-dix brevets.Malheureusement pour ce couple, aussi exposé aux médias que le défunt pape, le médium, c'est le message. Le Web, cette immense place publique, aura permis aux opposants de répliquer avec succès à l'échelle planétaire. Reste cependant la bataille réelle. Là, le couple gagne du terrain.
OPA américaine sur le vivant.
Complices d'un appauvrissement des cultures ?
Pour vraiment comprendre ce qui se passe, il faut être conscient de l'existence d'un double conflit à l'échelle mondiale.
Conflit d'abord entre d'une part les partisans d'une agriculture intensive basée sur le commerce libre de semences, engrais, herbicides et pesticides qui eux ne le sont pas et d'autre part les partisans d'une agriculture biologique enracinée dans le terroir.
Pour compliquer ce premier conflit, le système des brevets est entré en collision avec l'ancien système des obtentions végétales. En clair, ceux qui détiennent les brevets d'organismes génétiquement modifiés peuvent empêcher l'utilisation de leurs inventions par des agronomes, voire même des amateurs, à des fins d'amélioration d'une espèce végétale. Ouf ! C'est au moins ça de pris.
Conflit ensuite entre d'une part le libre-échange pur et dur des produits alimentaires et d'autre part un certain protectionnisme favorisant les producteurs agricoles locaux.
Le libre échange pur et dur en matière de produits alimentaires et bien ce qui peut entraîner le plus vite la disparition des agricultures pauvres. Car il ampute l’envie et la capacité des agriculteurs à continuer à produire. Parce que leurs efforts ne seront pas rémunérés à leur juste prix. Ceci dit, cela ne veut pas dire que la souveraineté alimentaire implique que le pays doit s’auto suffire.L'argument massu des tenants du libre échange, la fameuse théorie des avantages comparatifs qu'on nous sert pour à la fois indiquer la voie royale vers le développement
Gilles Hirzel, Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
et expliquer le retard économique des pays du Sud
, a des répercussions biologiques et humaines insoupçonnées.Si j'étais économiste, j'aurais honte de soutenir une libéralisation du commerce qui contribue à l'appauvrissement de la biodiversité agricole.
J'aurais honte aussi d'encourager l'accouplement de la commercialisation des semences à un régime de propriété dont le résultat net est la destruction d'espèces agricoles locales. Les Hopis savent que Navoti ne vit plus dans les semences des autres.
Pourtant, il y a une alternative : un nouveau contrat social entre les cultivateurs, les populations et les gouvernements.
Les graines de la résistance sont semées un peu partout dans le monde.
Adoptez une semence.
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