L'argent transmis par les migrants vers les compatriotes restés au pays prend de l'ampleur année après année, tel un arbre dont les racines alimenteraient le sol depuis ses plus lointaines branches. En cette année du micro crédit, n'y a-t-il pas là l'assise d'un financement populaire du développement
à l'échelle planétaire ? Être au loin sans abandonner son pays, un rêve qui se réalise déjà pour plusieurs immigrants.
Un des mythes américains les plus tenaces est celui du self made man. Parti de son coin de terre pauvre comme Job, cet homme travaillant, résolu, audacieux, réussit à atteindre the American Dream.
L'image de l'immigrant ayant fait tabula rasa de son passé, débarqué avec à peine quelques sous dans ses poches, mais une farouche détermination de réussir, est souvent accolée à ce mythe.
L'entraide n'a pas de frontière
Une toute autre réalité se dessine quand on examine de plus près le comportement de millions de femmes et d'hommes qui vont tenter leur chance à l'étranger. Cette réalité repose sur des valeurs communautaires qui résistent au passage des frontières.
Contrairement à la croyance populaire, il est faux de prétendre que les émigrants coupent les ponts et repartent à zéro.
...ce ne sont pas les plus pauvresUne fois installé dans leur pays hôte, des liens avec les proches demeurés au loin sont maintenus dans beaucoup de cas. L'envoi régulier d'argent à l'étranger en témoigne.qui partent, mais ceux qui disposent d'un réseau, d'une famille installée à l'étranger, d'un pécule quand le franchissement des frontières est impossible par les voies légales : s'il n'y a pas de réseaux, point de migrations.
Document 2: migrations: de nouveaux visages.
Le retour de l'argent prodigue ?
Le dossier sur les migrations internationales de la BBC révèle l'importance de la richesse ainsi envoyée dans leurs pays d'origine par les immigrants.
Remittance flows are the second-largest source, behind foreign investment by private companies, of external funding for developing countries.Certains ont flairé la bonne affaire : il est vrai que le coût du transfert peut facilement représenter jusqu'au quart de la somme transférée.
Fact file. Global migration. Money sent back home.
Christian Kamayou rapportait, sur le portail dédié à la communauté noire francophone Grioo.com, qu'une institution financière spécialisée dans les transferts de fond a même su jouer sur cet impact dans une campagne publicitaire suggérant que ses clients « envoient bien plus que de l’argent... ».
Toutes ses sommes transférées ne pourraient-elles pas mieux contribuer au développement ?
De l'énergie pour un moteur prêt à tourner plus vite
Imaginons, par exemple, qu'une partie des transferts servent à financer des initiatives d'entrepreneuriat social, comme le suggère Kamayou sur son blog.
Beaucoup d'autres scénarios peuvent être envisagés. Ceux-ci devrons tenir compte de la différence entre immigrantes et immigrants. Les femmes comptent désormais pour plus de la moitié de l'immigration mondiale.
Si le microcrédit est un moteur du développement du secteur privé, les transferts de fonds sont pour leur part une énergie qu'il faut utiliser davantage pour faire tourner ce moteur.
Positif pour l'économie de leurs pays d'origine les envois d'argent par les immigrants ?
Demandons-le à Flore Gubert, prix du jeune chercheur 2001 de la Ville de Clermont-Ferrand.
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